Auguste Renoir

Au bout de l'impressionnisme

Période dite "nacrée" et reconnaissance

Il déclare à Ambroise Vollard : "Vers 1883, il s’était fait comme une cassure dans mon œuvre. J’étais allé jusqu’au bout de l’impressionnisme et j’arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner. En un mot j’étais dans une impasse." Lorsqu'il devient à nouveau père d’un petit Pierre (1885), Renoir abandonne ses œuvres en cours pour se consacrer à des toiles sur la maternité. Et en 1886, Durand-Ruel lui confie une exposition personnelle[9]. La réception des Grandes Baigneuses est très mauvaise, l'avant-garde (Camille Pissarro notamment) trouve qu'il s'est égaré, et les milieux académiques ne s'y retrouvent pas non plus. Le marchand d'art Paul Durand-Ruel lui demande plusieurs fois de renoncer à cette nouvelle manière.

De 1890 à 1900, Renoir change de nouveau son style, plus fluide, plus coloré. La première œuvre de cette période, les Jeunes filles au piano (1892), est acquise par l'État français pour le musée du Luxembourg. En 1894, Renoir est de nouveau père d'un petit Jean[66] et reprend ses œuvres de maternité. Gabrielle Renard, la jeune cousine d'Aline qui s'occupe de Jean puis de Claude, né en 1901, devient l'un de ses modèles[67] favoris et sa muse. À cette époque Renoir a son unique élève, Jeanne Baudot, la fille de son médecin, qui devient aussi une amie de la famille. Alors que Renoir habite depuis 1889 dans le pavillon surnommé le « Château des Brouillards » au no 13 rue Girardon (Paris 18e), il devient propriétaire pour la première fois de sa vie en achetant, en 1896, une maison à Essoyes, devenue l'atelier Renoir. Ainsi, la famille Renoir se retrouve tous les étés, jusqu'au décès du peintre en 1919. Essoyes sera le rendez-vous des jeux de plein air, des pique-niques, pêches, baignades aussi bien en famille qu'entre amis, Julie Manet notamment en parle dans son journal. Cette décennie, celle de la maturité, est aussi celle de la consécration. Ses tableaux se vendent bien (notamment par les marchands d'art Ambroise Vollard et Paul Durand-Ruel), la critique, dont l'animateur de La Revue blanche, Thadée Natanson, commence à accepter et à apprécier son style. Les milieux officiels le reconnaissent également, on lui propose la Légion d'honneur, qu'il refuse d'abord puis accepte plus tard.

Antisémite comme plusieurs artistes dans son milieu tel le peintre Edgar Degas - et malgré la fréquentation de peintres juifs de l'époque, Renoir est membre de la Ligue des Patriotes (1882-1939), un mouvement boulangiste, xénophobe et antidreyfusard. Comme encore Degas, les poètes José-Maria de Heredia et Pierre Louÿs, l'écrivain Jules Verne, le compositeur Vincent d'Indy, le grammairien Jules Lemaître, il adhère à la Ligue de la patrie française, ligue nationaliste antidreyfusarde plus qu'antisémite.

Dans le Midi

En 1903, il s'installe avec sa famille à Cagnes-sur-Mer, le climat de la région devant être plus favorable à son état de santé. Après avoir connu plusieurs résidences dans le vieux village, Renoir fait l'acquisition du domaine des Collettes, sur un coteau à l'est de Cagnes, afin de sauver les vénérables oliviers dont il admire l'ombrage et qui sont menacés de destruction par un acheteur potentiel. Aline Charigot y fait bâtir la dernière demeure de son époux, où il va passer ses derniers jours au soleil du Midi, bien protégé toutefois par son inséparable chapeau. Il y vit avec sa femme Aline et ses enfants, ainsi qu'avec des domestiques, souvent autant des amis, qui l'aident dans sa vie de tous les jours, lui préparent ses toiles et ses pinceaux.

Les œuvres de cette période cagnoise sont essentiellement des portraits, des nus, des natures mortes et des scènes mythologiques. Ses toiles sont chatoyantes, sa matière picturale plus fluide, toute en transparence. Les corps féminins ronds et sensuels resplendissent de vie. Mais des rhumatismes déformants l'obligent progressivement, vers 1905, à renoncer à marcher. Dans ce lieu, il peint dans un atelier érigé son jardin en 1916, quelques années avant sa disparition. C'est là qu'il peint l'une de ses œuvres les plus connues, les Grandes Baigneuses. Renoir est désormais une personnalité majeure du monde de l'art occidental, il expose partout en Europe et aux États-Unis, participe aux Salons d'automne à Paris. L'aisance matérielle qu'il acquiert ne lui fait pas perdre le sens des réalités et le goût des choses simples, il continue à peindre dans l'univers rustique du domaine des Collettes. Il essaie de nouvelles techniques, et en particulier s'adonne à la sculpture, incité par le marchand d'art Ambroise Vollard, alors même que ses mains sont déformées par la polyarthrite rhumatoïde. Ses ongles pénétrant dans la chair de ses paumes, des bandelettes de gaze talquées protègent ses mains (de là, la légende du pinceau attaché à sa main).

À partir de 1912, il souffre de rhumatismes et commence à utiliser un fauteuil roulant, mais il continue à travailler jusqu'à la fin de sa vie. Il séjourne désormais souvent dans le sud de la France, dans sa propriété de Cagnes-sur-Mer et expose régulièrement ses œuvres aux galeries Durand-Ruel et Bernheim-Jeune à Paris, ainsi qu'ailleurs en Europe et aux États-Unis.

Fin de vie

Aline meurt brutalement d'une crise cardiaque en juin 1915, ses fils Pierre et Jean sont grièvement blessés durant la Première Guerre mondiale, mais en réchappent. Jean profite de sa démobilisation pour recueillir les souvenirs et les pensées de son père Auguste. Renoir continue, malgré tout, de peindre jusqu'à sa mort en 1919. Il aurait, sur son lit de mort, demandé une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. En rendant pour la dernière fois ses pinceaux à l'infirmière, il aurait déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose ». Le 3 décembre 1919, il s’éteint à 2 h du matin au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer, des suites d'une congestion pulmonaire, après avoir pu visiter une dernière fois le musée du Louvre et revoir ses œuvres des époques difficiles.

Marie-Félix Hippolyte-Lucas, Portrait de Renoir (1919)